In Bordeaux Veritas par Olivier Madelrieux

 

Les cigares

Avant - propos
les cigares à Bordeaux Le plaisir de fumer un bon cigare est incomparable, affirment les initiés. Les grands fumeurs étant souvent de grands voyageurs, et en cette qualité généralement très exigeants quant aux provenances et aux appellations d'origine, c'est un véritable voyage qu'il s'agit ici d'entreprendre, un voyage vers les rivages connus ou moins connus de l'univers des meilleurs cigares du monde. Il s'étend sur trois continents et réunit neuf pays différents, constituant une petite géographie de bon goût...
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Le mot"cigare" vient du mot espagnol cigarro, mot lui-même d'étymologie incertaine, qui pourrait venir du maya "zicar" ou "ciq" ("fumer") ou de l'espagnol "cigarra" ("cigale"), à laquelle il ressemble par la forme et la couleur.

Un cigare est un cylindre formé d'une feuille de tabac enroulée en spirale sur d'autres feuilles pliées
ou roulées (ensemble que l'on nomme « liga » ou « ligada » pour les cubains), ou remplie de feuilles de tabac hachées en petits morceaux (pour les cigares de moindre qualité).
On en porte le bout appelé « pied » (l'autre extrémité, que l'on coupe, est appelée « tête ») à incandescence afin soit d'en inhaler la fumée, soit de la garder dans la bouche.
En effet, à la différence du tabac acide des cigarettes, la fumée d'un cigare n'a pas besoin d'être inhalée pour en sentir la pleine saveur et les pleins effets.
La plupart des amateurs n'inhalent pas la fumée...

Les pays producteurs

Bien qu'on lui dispute quelques fois cet honneur, Cuba reste le producteur des cigares les plus savoureux du monde. Les experts s'entendent au moins sur le fait que c'est la terre rouge de Vuelta Abajo, située à l'extrémité Ouest de l'île, qui produit les meilleurs tabacs de la planète. S'étendant autour de la ville Pinar del Rio, cette région bénéficie d'une température, d'une hygrométrie et d'une qualité de sol idéales.

les cigares à Bordeaux

Au milieu du 19ème siècle, plusieurs cigariers émigrèrent de Cuba vers les Etats-Unis, où ils implantèrent des manufactures dans des villes comme Tampa et Key West, en Floride. Plus tard, de nombreux tabaculteurs cubains se fixèrent au Mexique, mais aussi en République Dominicaine et au Honduras - deux pays réputés depuis pour l'excellence de leurs cigares - .
Après la nationalisation de l'industrie du tabac par Fidel Castro, au début des années 1960, la République Dominicaine devint le refuge des manufacturiers cubains dépossédés par le régime communiste. Elle produit environ la moitié des cigares faits main importés par les Etats-Unis.
La Floride à part, la plus grande région tabacole des Etats-Unis est la vallée du Connecticut, où l'on recrée, sans de grandes toiles', les conditions optimales pour obtenir des tabacs à cigares de grande qualité. Le Connecticut produit des feuilles de capes parmi les plus belles du monde, qui sont employées pour envelopper les meilleurs cigares dominicains et d'autres vitoles renommées telles que les Macanudos de la Jamaïque. Toujours sur le continent américain, la culture du tabac et l'industrie du cigare ont également pris de l'extension au Brésil, au Nicaragua, au Mexique et en Equateur.

Au rang des autres producteurs mondiaux, on compte Sumatra et Java, l'Afrique (les feuilles de capes du Cameroun, obtenues à partir de semences cubaines, étant très appréciées) et les Philippines.

Cuba Les havanes ont apporté à Cuba une solide renommée internationale. C'est la fabrication artisanale qui constitue le fondement de la tradition d'excellence des cigares de l'île caraïbe, car elle attache à chaque pièce ce caractère qui fait aussi le prestige des meilleurs vins ou des plus grands parfums.
Chaque havane est le fruit de quelques cent soixante dix opérations successives, toutes effectuées de manière artisanale.
L'histoire des cigares cubains commence bien avant l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique, en 1492, puisqu'elle remonte aux premiers habitants de l'île, les Indiens Tainos. Toutefois, les cigares des Indiens n'étaient encore qu'un ébauche rudimentaire : ceux que nous connaissons actuellement ont été inventés par les Espagnols au 17ème siècle. L'innovation la plus importante que réalisèrent les Espagnols fut l'introduction d'une espèce de tabac plus aromatique, découverte à Mexico. Nicotiana tabacum, qui remplaça ainsi les espèces autochtones, est l'ancêtre de 90 % des variétés de tabacs actuellement consommées dans le monde.
Malgré le monopole sévillan, ces cigares ne tardèrent pas à s'imposer comme les meilleurs au monde. Il fallut cependant attendre le début du 19ème siècle pour qu'apparaisse l'industrie cigarière havanaise et que la métropole espagnole permette aux Cubains d'exporter leurs propres produits.

République Dominicaine


Nombre de grands cigares viennent de la République dominicaine.
Autrefois, les tabaculteurs y avaient éprouvé des difficultés à produire des feuilles de cape de qualité (celles-ci sont encore principalement importées du Connecticut), mais ils ont fait des progrès.
En 1994, la République Dominicaine est devenue la première exportatrice mondiale de cigares faits à la main : cette année-là, elle a livré 90 millions d'unités, contre 55 millions pour Cuba !
Si Fidel Castro a indiscutablement marginalisé son pays sur le plan économique, son action fut au contraire une chance pour la République Dominicaine. Quoiqu'il en soit, Cuba a perdu
son absolue dans le domaine des cigares de très haute qualité, et l'affirmation selon laquelle « si ce n'est pas un havane, ce n'est pas un cigare » paraît aujourd'hui moins fondée que jamais.
En fait, jusqu'au début du 20ème siècle, le tabac ne fut l'objet que de peu d'attentions en Haïti ; le tabac dominicain servait à la confection des cigares faits à la machine, de seconde qualité. Puis ce fut la révolution cubaine. Toute une génération d'émigrants cubains s'installa alors en République Dominicaine ; parmi eux se trouvaient des spécialistes du tabac qui introduisirent des variétés bien adaptées au milieu naturel (les graines étant bien entendu cubaines).
Ainsi, un pays inconnu, un sans-grade dans l'univers du tabac damait le pion au champion incontesté, sonnant le glas de l'absolue suprématie cubaine.


Cigares faits à la main


Le Honduras
Le Hondur as s'étend pour une large part sur des territoires qu'occupait la civilisation Maya avant l'arrivé de Christophe Colomb. Les Lencas et les Chortis actuels sont les descendants directs des peuples indiens qui cultivaient le tabac dans la vallée de Copan. Colonie espagnole de 1524 à 1821, le Honduras ne connut alors qu'une tabaculture sporadique, car les feuilles étaient considérées comme trop suaves pour être fumées. Cependant, une longue tradition de cigares faits à la main allait s'ancrer dans le pays.
Les investisseurs étrangers commencèrent à s'intéresser au tabac hondurien et les exilés cubains affluèrent dans le pays, apportant de nouvelles variétés de tabacs ainsi que leur expérience du commerce des cigares. Par ailleurs, la guerre au Nicaragua n'eut pas de conséquences négatives pour le Honduras : beaucoup de planteurs émigrèrent vers ce pays, ce qui donna un coupe de fouet à la tabaculture locale.
Le Honduras est le troisième exportateurs de cigares faits à la main, derrière la République Dominicaine et Cuba, place bien méritée au regard de la qualité de sa production. Cinq cents cigares faits à la main sont produits quotidiennement par chaque rouleur – un véritable record - .

Le Mexique
Nicotiana tabacum, l'espèce de tabac la plus consommée dans le monde, est originaire du Mexique, où elle pousse encore de façon spontanée. Cultivée pour la première fois il y a quelques 3000 ans dans la péninsule du Yucatan, berceau de la civilisation Maya, les dieux l'avaient octroyée aux hommes afin qu'ils puissent communiquer avec eux. On a mis à jour au Mexique des représentations sculptées de prêtres et de dieux en train de fumer par la bouche et le nez.
Le tabac entraient aussi dans la composition de remèdes mayas pour combattre la fièvre, les rhumatismes ou les piqûres de serpents.
Par ailleurs, le tabac mexicain fut d'abord apprécié en Europe pour ses belles fleurs. On lui attribua ensuite des vertus thérapeutiques, notamment pour combattre les migraines.
Le Mexique, devenu indépendant en 1821, développa très tôt sa propre industrie du tabac - la production débuta en 1830 par le biais de Jorge Ortiz Alvarez (propriétaire industriel appartenant à l'une des premières familles cultivatrices de tabac) -.
Cependant, le véritable essor des cigares mexicains sur le marché international ne date que de 1962.
Les Etats-Unis ont importé du Mexique 10 millions de cigares faits à la main en 1995, ce qui place le pays au rang de quatrième fournisseur.
Fleurs de tabac mexicain

Les Iles Canaries
En Europe, on fume la pipe depuis l'Antiquité. Les Grecs affectionnaient particulièrement le chanvre ; les Celtes préféraient, pour leur part, la laitue sauvage aux effets narcotiques. Mais rien qui ressemble au tabac ne poussait en Europe : le genre Nicotiana ne croît pas spontanément sous les climats tempérés. Il fallut attendre 1492 et la découverte des Amériques pour que les Européens fassent la connaissance du tabac.
La précieuse plante fut dès lors introduite en Espagne et au Portugal, avant d'être acclimatée en France et en Angleterre à partir du 17ème siècle, puis en Italie, dans les Balkans, en Ukraine et en Russie.
Les Iles Canaries, étape entre l'Espagne et l'Amérique, ont imité très tôt les méthodes cubaines de culture du tabac et de fabrication des cigares.
Jusqu'au 18ème siècle, de tous les peuples d'Europe, seuls les Espagnols et les Portugais fumaient le cigare. Sa fabrication commença en Espagne au 17ème siècle, mais c'est en 1731 que s'amorça son véritable essor avec la manufacture « Fabrica de Cigarros Real « de Séville ( ayant un quasi-monopole sur les cigares faits à la main fabriqués avec du tabac importé de Cuba). Le « sevilla » connut son âge d'or.
Cependant, au 19ème siècle, les cigares cubains, les havanes, avaient supplanté les cigares espagnols.
Au 19ème siècle, les soldats de Napoléon, de retour chez eux, contribuèrent à la généralisation de l'usage du cigare, auquel ils avaient goûté pendant leur campagne en péninsule Ibérique.
Très vite, fumer le cigare constitua la marque d'un certain statut social. Cette pratique était appréciée aussi bien dans la bourgeoisie que dans les cercles artistiques.
De nos jours, en Europe, la France est le plus gros producteur de tabac.

Ile de Lanzarote, Canaries

Les Philippines, l'Indonésie et Sumatra



L'Asie, contrairement à l'Europe et aux Amériques, n'a jamais entretenu une relation passionnée avec le cigare. C'est la civilisation de la pipe, que l'on fume sur le continent depuis plus de 4000 ans, et de l'opium, extrait du pavot.
C'est seulement au 17ème siècle, à la faveur des échanges commerciaux avec l'Europe, que le tabac fut introduit en Asie. Les Chinois le mélangèrent d'abord à l'opium, pour atténuer les effets narcotiques de cette substance.
A partir du 19ème siècle, cependant, le tabac tendit à s'imposer.
Aujourd'hui, les plantations sont disséminées dans toute la Chine, qui est devenue le deuxième producteur de tabac au monde. Il ne s'agit cependant que de tabac pour les pipes et les cigarettes.
Le tabac noir fut introduit, en Indonésie, au 17ème siècle, et est cultivé essentiellement dans les îles de Bornéo, de Sumatra et de Java. L'Indonésie est l'un des rares pays à fabriquer des cigares faits main.
La Birmanie, une ancienne colonie britannique, cultive sa propre variété de tabac noir depuis le 17ème siècle. Ce pays fait figure d'exception en Asie : fumer le cigare y est une tradition nationale qui se perpétue encore aujourd'hui.
Les Philippines figurent parmi les principaux producteurs de cigares d'Asie. Les navigateurs espagnols y introduisirent le tabac au 16ème siècle. La légende veut que ce soit Magellan en personne qui, après avoir découvert l'archipel en 1521, y ait laissé quelques graines brésiliennes.
Grands consommateurs de cigarettes, les Asiatiques n'ont jamais réellement pris goût au cigare, à la notable exception, donc, des Philippins, des Birmans et des Indonésiens.

Sélection de cigares

• OPUS X : Cigare dominicain, à la belle cape huileuse, qui a un goût de noisette et un bon tirage.
• COHIBA : La marque la plus chère du monde.
La foi des Cubains en ces cigares est tellement inébranlable que, par une généralisation abusive, ils osent à peine remettre en question la qualité des Siboney, première marque créée après la révolution. Les modèles originaux des Cohiba révolutionnaires furent créés sous l'égide d'Ernesto « Che » Guevara, alors ministre de l'Industrie de la nouvelle république socialiste. Le Che voyait dans le cigare « le compagnon indispensable du révolutionnaire ».
• DAVIDOFF : Les prestigieux Davidoff étaient autrefois fabriqués à Cuba. Aujourd'hui, ils viennent de République Dominicaine.
• HOYO DE MONTERREY : Un mélange exceptionnel et une grande subtilité pour son format font de ce cigare l'un des fleurons des havanes.
La marque Hoyo de Monterrey fut lancée en 1867 par José Gener, un des hommes les plus puissants de l'industrie du tabac.
• MONTECRISTO : Un géant cubain, très apprécié par les vedettes du Show-business dotées d'une personnalité « géante ».
La marque demeure prestigieuse , bien qu'elle ait perdu la faveur de nombreux amateurs qui déplorent son inconstance en termes de qualité.
• PARTAGAS : Un cigare puissant et magnifique, très représentatif d'une des plus vieilles marques de Cuba
• PUNCH : Un grand nom parmi les havanes. Un corona de fort calibre, riche et équilibré.
• ROMEO Y JULIETA (Churchill) : Romeo y Julieta fut la première marque qui donna le nom d'un chef d'état à un cigare.
les cigares à Bordeaux
• H.UPMANN : Maître du format « barreau de chaise », se différencie par son arôme prononcé et âpre.
Depuis 1830, le banquier anglais Herman Upmann avait pris l'habitude d'importer des havanes de grande qualité, qu'il habillait d'un insigne à son nom puis qu'il offrait à ses clients. La popularité de ses cigares était telle qu'il décida de les produire lui-même.
C'est ainsi qu'en 1844 naquit la marque H.Upmann.
• JUAN LOPEZ : Ce cigare est de plus en plus populaire parmi les amateurs de formats gros et courts dans la grande tradition des havanes.
La marque Flor de Juan Lopez fut déposée à la fin du siècle dernier, à la Havane, par la firme Juan Lopez y Cia. Les boîtes ne manquent pas de rappeler qu'elle reçut le premier prix à l'exposition nationale de Cuba, en 1911.
L'amateur du cigare : le Honduras a organisé le 1er festival du cigare baptisé le Humo Jaguar...en référence aux souverains mayas qui communiquaient avec les dieux en fumant le cigare !!

Humo Jaguar (Fumée jaquar) fut le 12ème roi Maya de la cité de Copan, il invoquait Chan, le dieu de la pluie en fumant son propre puro.. Chan répondait en allumant sa vitole avec un arc-en-ciel !!!

Des nuages de sa fumée faisait alors tomber la pluie bienfaisante qui arrosait le maïs, ressource vitale pour les quelques trente mille habitants de la ville...

in Bordeaux veritas !